LARMES D'ARC-EN-CIEL:
"Prise sans cesse entre le désir de partir et celui de rester, je pose quelques couleurs sur la toile: elles iront jusqu'à vous, cousues dans la robe des étoiles."
Bernadette
"Que le soleil te réchauffe de ses rayons. Que l'amour t'environne. Et que la douce lumière qui est en toi écla ton chemin"

OUBLI
J'ai marché dans l'aube naissante derrière la colline, j'ai marché dans le chemin terreux, dans le souffle tiède du vent; j'ai marché dans la campagne et je voyais les champs s'étendre doucement, jusqu'aux cyprès, gagnés par la lumière comme une fièvre lente. Je les voyais virer vert-ocre, blonds, bruns, mordorés, par touches anarchiques, la terre changeant chaque fois d'exhalaison.
J'ai marché dans la fatigue, dans la tension du corps, dans l'accélération de la peur, dans le désespoir, dans le tumulte de mon âme; j'ai marché dans le non-dit, dans le manque de mots, dans le manque d'amour. J'ai marché dans la solitude et le froid. J'ai marché dans le désir et le manque de toi. J'ai marché dans l'absence et je suis devenue oubli.
"Écoute, une rumeur va jusqu'à l'horizon. Elle a l'odeur du ciel et l'odeur de la terre. Elle a tous les parfums, elle a tous
les mystères. Elle est, à l'infini, le plus large frisson" Françis Carco.

DÉRIVE DANS LA BRUME
Matin blanc, parfumé de vapeurs d'émeraude, voile léger qui masque le réveil - je sens monter en moi comme une bouffée d'angoisse, de malaise, de vague à l'âme, de vague à larmes. Comme ensevelie, linceul éphémère que la brise dispersera bientôt, je l'espère, je suis à l'écoute de ce qui reste de moi, de ma vie, de mon corps, de mes chagrins, de mes amours. Tout tend vers l'infime, le Rien, le Néant; seule, la douleur s'étire, s'étend, se répand, comble le moindre vide, le moindre interstice; elle se divise, se multiplie, se balance, se roule, s'entortille comme une liane à mon corps et à mon âme. Oh! Que la brume se lève, qu'elle parte enfin à la dérive, que ce linceul me soit retiré et que je voie le soleil, que j'aperçoive un trait de ciel bleu, une mouette qui fend l'espace, une lumière qui me réchauffe, et même si cela ne doit durer qu'un bref instant, qu'on me laisse éprouver à nouveau le souffle de la vie.
"Je te souhaite un doux sommeil, de calmes océans semés d'or et d'argent, d'îles bercées de vagues rondes, de pays inventés
par toi, de chagrin consolé, d'espoir revenu."

MURMURE DU SILENCE
Les jours viennent ici brûler leurs ailes blanches dans la gloire qui plonge et se fond dans les eaux dorées. On n'entend même pas le ressac, et pourtant, quelque part dans cette solitude, le cri du coeur jaillit comme un ultime éclair de vie tandis que le vol des oiseaux s'évanouit dans l'ombre des nuages. Je ne suis plus que regard - celui qui s'attarde pour ne pas mourir, celui qui regarde la mort comme il regarde la mer, dans son infinitude. Je ne veux plus entendre le bruit des paroles mensongères, des paroles apprise, répétées, vides. Je ne désire plus que le silence, ce silence de nuit éternelle qui existe au delà des mots, de la musique, de la couleur. Je n'aspire qu'à cette part d'absence, cette parcimonie d'être où je vis et où j'aime encore.
"Ne renonce jamais à tes rêves. C'est parce qu'on n'ose pas les vivre que les rêves deviennent impossibles."

PARTIR
Une mer couleur d'ambre et un ciel mauve, une explosion de couleurs qui caresse la coque du voilier. Une note douce et claire qui s'agenouille entre ciel et mer et qui emporte l'embarcation vers son destin, vers cet ailleurs qui semble tout à coup si proche. Partir - faire ce choix, renoncer à tenir le gouvernail, se laisser emporter, dériver, divaguer, sans peur, sans rancœur, sans regrets. Le vent, l'écume, la houle, m'accompagnent dans ce voyage et aussi l'amie qui s'acharne à m'éviter les écueils, le tangage, le chavirement. Ce soir, demain, un jour prochain, sans doute, je lèverai l'ancre, et seule à bord, je laisserai les vagues m'emporter.
"Les respirations de la mer sont des minutes d'éternité." Margherita Guidacci.

MEMORY
Souvenirs. Aube ou crépuscule, calme presque inquiétant de cette eau bleu-noire, profonde et lisse, qui semble en attente d'un souffle, d'une ride, d'un soubresaut, d'une vibration, d'un frisson d'espoir, de colère ou d'amour. Isthmes qui cherchent à se rejoindre par delà la lumière orangée qui filtre à travers les nuages d'un ciel silencieux et si triste que même le vol de la mouette ne saurait le faire sourire. Se rejoindre enfin, joindre notre infinie solitude dans l'impalpable reflet des corps endormis et désespérés, dans l'abîme de nos âmes pour toujours.
"Mon beau navire, O ma mémoire,
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir." Guillaume Apollinaire.

WHISFUL SMILE
Fin de l'orage, de la tempête qui a fait chavirer mon corps et mon âme? Instant privilégié de répit où l'espoir essaie de reprendre haleine, où les larmes se tarissent, où j'aperçois enfin un peu de ciel bleu, où, la foi chevillée au corps, je me mets à rêver que la vie reprend ses droits, que la lumière est sur le point de gagner tout l'espace, que ces nuages menaçants vont se dissoudre, s'effilocher, se fondre dans le flot, disparaître dans les vagues de cette mer en devenir; ou bien n'est-ce qu'un mirage, que l'ombre de mon désir de paix? Ne suis-je que la barque ballotée par les eaux, en attente de la prochaine vague déferlante? Triste sourire, que celui de la mouette qui a cru, un instant seulement, que le soleil allait réchauffer son aile, et l'emmener plus près de la vie et de l'amour partagé.
"Nous sommes faits de l'étoffe de nos songes." William Shakespeare

NÉBULEUSE.1.
Nuées qui flottez dans l'espace, à la naissance et à la mort des étoiles, moi qui ne saurais briller d'un quelconque éclat, emportez-moi dans vos divagations colorées et changeantes, que mon âme se brise dans vos explosions indigo, vos vapeurs d'émeraude et vos soleils d'argent. Que mon corps devienne la lueur incandescente qui se faufile entre les vagues turquoise qui s'échouent dans l'atmosphère. Nuées qui présidez à ma fin, faites que mon coeur se réjouisse de partir et qu'aucune larme, si brûlante soit-elle, ne vienne éteindre le feu qui consume mon corps. Car, enfin, il faut que j'advienne à cette sérénité que j'ai vainement cherchée ici-bas. Si mon nom doit s'effacer de le mémoire, qu'il le soit, mais que restent mes couleurs, la musique et l'amour qui m'ont fait vivre, et ont embelli ma vie. Amis, Amants, Amours, je vous emporte avec moi, car vous étiez tous partie de moi-même, de mon coeur, de mon corps et de mon âme, et je ne saurais me résoudre à vous abandonner même au plus fort de la tempête céleste.
"Tu joues tous les jours avec la lumière de l'univers."
. Pablo Néruda

NÉBULEUSE.2.
Et voici que jaillit de l'espace cette explosion bleue qui déchire le silence. Les vapeurs cuivrées se répandent en volute tourmentées, et les roches éclatées semblent retenir mon âme prisonnière. Colère et désespoir se déversent en vagues menaçantes tandis que de pâles rayons turquoise essaient de se frayer un chemin dans ce chaos. Y aurai-il encore une lueur d'espoir? Et pourtant mon coeur pleure de n'avoir pas su, pas pu, pas osé se dire. Demain, il ne saura pas non plus. Il ne saura sans doute jamais.
"Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots"
Rafael Alberti

DEFERLANTE
Est-ce cette vague déferlante qui va m'emporter ou bien est-ce cette lumière qui déchire le ciel de plomb et qui va m'enlacer, m'enlever, m'embrasser - ce voile blanc, livide, froid, qui va m'emporter à toujours, à jamais, loin des remous de cette onde noire et rancunière? Je ne sais s'il faut encore rester ou partir, abdiquer, renoncer et laisser faire - Moi qui ne sais plus l'en-vie, le désir, le bonheur, moi qui ne connais plus que le manque, que l'angoisse, que l'attente, que la douleur, saurais-je encore résister à cet assaut? En aurais-je la force? Les interrogations restent en suspens, celles là et tellement d'autres; et le temps qui galope ne me laissera pas y trouver de réponses. Et pourtant devrais-je partir sans savoir, sans avoir compris les derniers soubresauts de mon âme, de mon coeur, de mon corps? Cette révélation dramatique du pourquoi de notre rencontre, du pourquoi de l'amour que je te porte, du pourquoi de ce manque de toi, si fort, si profond et si intolérable que je pourrais bien en mourir, là, maintenant. Ce point d'interrogation restera-t-il gravé à jamais dans ma chair, dans mon âme et dans ton coeur? Ou sera-t-il lui aussi balayé par la lumière du ciel qui embrasse et s'unit en silence à la vague déferlante?
Ainsi se termine le second des trois livrets de présentation rédigés par Bernadette.
